AJA Triathlon Auxerre

Tout commença par un article lu sur le forum de Triathlon Onlinetri, qui parlait d’un triathlon format Ironman sur Chamonix, présentant un dénivelé positif hors du commun pour un triathlon (8000D+). Ni une ni deux, j’envoie quelques messages à des potes avec le lien de la course, mais très vite je me rends compte que personne ne veut me suivre dans cette aventureDès janvier je commence la préparation avec un plan d’entraînement spécifique pour cette course (j’irai jusqu’à 22 heures d’entrainement par semaine).

 

Après neuf mois d entraînement, enfin le jour J. J’arrive à Chamonix 2 jours avant la course avec Isabelle, ma femme, et un couple d’amis. Récupération du dossard et briefing la veille de la course. Malgré les moyens misent en œuvre par les organisateurs, ce briefing ne sera pas très rassurant, me faisant prendre un peu plus conscience de la difficulté de ce qui m’attend. Après une petite nuit de sommeil (moins de 2 heures), le réveil sonne à 1h30 du matin. 

Petit déjeuner copieux puis départ pour la course à 3h00.  Le point de départ au lac de Montriond se trouve à 1h30 de route.

 

6h30 : LE DEPART ! (Tant attendu) Il fait nuit noire, mais l’eau n’est pas trop froide. 4 km 300 de natation avec une sortie à l’australienne au milieu. La nage se passe correctement sans trop de bousculade au départ. Je gère ma nage pour essayer de glisser un maximum sans forcer et je termine en 1h27. 

Ce chrono reflète mon niveau moyen en natation, sortant en milieu de peloton.

Première transition : je prends mon temps tout en pensant que désormais les choses sérieuses vont commencer ! Je pars, je le sais, pour plus de 9 heures de vélo  en hautes montagnes. 

Dès le 5 ème  km, le premier col de Joux-Plane (un petit échauffement par rapport à ce qui m attend !) . Mes premières sensations ne sont pas favorables car je n’ai pas de très bonnes jambes. Je me dis que cela va être très long… Les difficultés s’enchaînent dont une bosse de 6 km à 8,5%. J’arrive à Cluses et là j’entame le col de Romme. Ce col n est pas très long, seulement 10 km, mais présente un pourcentage moyen de 9,5 %. Enfin mes sensations deviennent meilleures et je commence à doubler quelques concurrents. Après une descente de 4 km, j arrive en bas du col suivant: le col de la Colombière. Celui-ci se termine pas une rampe de 3 km à 11%. L’enchaînement de ces deux cols est très éprouvant mais je sais qu’un ravitaillement spécifique m’attend. Je prends 10 minutes pour manger des sandwiches et me reposer un peu. Je sais que le reste du parcours est un peu plus simple, mais il faut que je fasse attention à la barrière horaire (temps imparti: 12h00 – Vélo + cap). Je sais aussi qu’il me reste plus qu’ un col :celui des Aravis qui est long mais moins difficile. D’autres bosses viendront terminer le parcours vélo. 

J’arrive à Chamonix pour T2 où m’attendent fébrilement Isabelle, Maxime et Auréline

Je ne me change pas, prends mon sac, enfile mes chaussures et c’est parti !

Mes jambes sont plutôt bonnes. 

Le parcours à pied est plutôt simple : une montée puis une descente pour le premier tour; idem pour le deuxième tour qui est cependant différent.

Le hic dans l’histoire, c’est que la première bosse fait 8 km et « on prend  » 1200 m de dénivelé positif en une fois.

Il y a 600 m de plat et c’est parti pour la montée. Je marche et dès que c’est possible je cours. Je continue de doubler des concurrents et me dis même que c’est facile ! Même avec des passages à 27 % ! Au bout de 6 km  ils ont eu la bonne idée de nous faire passer par des escaliers, une quarantaine de marches où l’on doit se tenir avec une corde pour pouvoir monter. 

J’arrive au sommet où nous attend un bon ravitaillement avec de la soupe chaude. Je repars au bout de cinq minutes avec un groupe de trois personnes. La descente est plutôt roulante mais il faut rester vigilant. Chemin de montagne oblige.

Je suis obligé de mettre ma frontale rapidement car la nuit tombe vite. La descente se passe sans problème et j’arrive au centre-ville de Chamonix. Mes jambes commencent à être lourdes mais rien d’alarmant. Je suis en avance sur le temps prévu. Je retrouve quelques minutes mes supporters et prends le temps de bien boire et de m’alimenter puis repars en marchant avec Maxime.

Un groupe de trois personnes me double en courant et je décide de les suivre pour ne pas être tout seul dans la montée. Je discute un peu avec eux et ils me disent que le deuxième tour est beaucoup plus dur. Plus de dénivelé mais surtout plus technique.

Après 2 km de plat, la grimpette et là: ce n’est plus la même ! Ça monte très raide. 

J’arrête de réfléchir et retrouve un triathlète belge. Nous discutons un peu; il me dit qu’il est un habitué des Ironmans extrêmes ( Inferno, Norsman, et bien d’autres) et m’avoue que l’Evergreen est le triathlon le plus dur qu’ il ai fait.

Cela commence à être long, mais nous apercevons les lumières du prochain ravitaillement: un grand feu de bois, de la musique et une multitude de tartes salées. Je me force à prendre un morceau de quiche et bois un thé. Je demande à mon binôme de repartir. Il reste encore 400 m de dénivelé positif. J ai du mal à le suivre et il me lâche assez rapidement.

La montée est interminableIl y a même un moment où je me demande si je ne me suis pas trompé de chemin. Je passe carrément dans des rochers et je suis obligé de m’agripper à la paroiJ’arrive au sommet plutôt satisfait d’en finir avec les grimpettes, mais je sais que la descente va être très dure et qu’il va falloir être vigilant. Je descends en courant, obligé de sauter de rocher en rocher. Plusieurs fois j’évite la chute de justesse. 

A ma grande surprise je rejoins mon binôme belge et le double.

Il s’accroche derrière moi et là c’est le drame : je mets mon pied sur le bas-côté et je me retrouve 6 m plus bas. J’ai eu de la chance,  je n’ai pas heurté de pierres.

Mon binôme m’aide à remonter et c’est reparti. Je rigole tout seul. 

Cependant, cela commence à être vraiment dur, mais je reste motivé et je réussis à lâcher le triathlète belge. J’aperçois des lumières devant moi. Ce sont d’autres concurrents et cela me motive pour essayer de courir plus vite. Malgré mes jambes très douloureuses, je les remonte un à un. Je double la deuxième féminine qui commence à être vraiment dans le dur.

J’aperçois le panneau 40 km, et c’est à ce moment-là que ma frontale décide de me lâcher. Je galère à changer ma batterie dans le noir et je suis obligé d’attendre une personne pour qu’elle puisse m’éclairer.

Les trois derniers kilomètres sont interminables mais cette descente terrible se termineJe continue de courir jusqu’à cette magnifique ligne d’arrivée. Il y a très peu de monde mais ma femme est là.

Je regarde le tableau d’arrivée et à ma grande surprise je vois que je suis arrivé 37ème (36ème au final car le premier a été disqualifié).

Mes premiers mots pour Isabelle (elle me le rappellera plus tard) sont : « Ça, c’est fait ! ».

Je mange un petit bout et nous nous dépêchons de récupérer mes affairesL’appartement est à deux minutes à pieds. Il est 3h30 du matin et après une bonne douche je vais me coucher.

 Je me réveille à 7h30 pour aller suivre la course de Maxime, et là je commence à me rendre compte que ma course est finie, après 20h02 d’effort, et que tout s’est déroulé au mieux.

Arnaud